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Les inégalités augmentent entre citoyen.ne.s européen.ne.s

Mercredi, 3 Avril 2019

« Depuis 1980, le revenu moyen des plus riches a crû 5 fois plus vite que celui des 50% des Européens les plus pauvres », voici les résultats tirés de l'étude menée par le World Inequality Lab. Si les inégalités de revenu ont été moins fortes qu'aux États-Unis, les écarts de revenus s'élargissent entre citoyen.ne.s européen.ne.s, c'est-à-dire à l'intérieur même des pays européens.

Le World Inequality Lab regroupe une vingtaine de chercheur.se.s produisant une base de données sur les inégalités, la World Inequality Database. Supervisé notamment par Thomas Piketty, le Laboratoire travaille avec un réseau de cent chercheur.se.s à travers le monde. Outre les rapports et études réguliers sur les inégalités, le Laboratoire publie tous les deux ans, un Rapport sur les Inégalités Mondiales.

Pour la première fois, toutes les données sur la répartition du revenu - enquêtes, données fiscales et comptes nationaux - ont été réunies pour observer comment la croissance du revenu national a été répartie au cours des quarante dernières années dans chaque pays européen.

Lucas Chancel, co-directeur du World Inequality Lab et co-auteur de l'étude, souligne : « Notre étude démontre que le problème des inégalités entre les citoyen.ne.s européen.ne.s réside essentiellement à l'intérieur des pays - il y a des Allemands pauvres et des Grecs riches ». L'étude pointe également les inégalités des systèmes de redistribution qui expliquent en partie les écarts de revenus entre les États européens, la progressivité de l'imposition jouant un rôle essentiel dans la redistribution.

Selon l'étude, les inégalités en Europe sont le résultat de la combinaison de deux facteurs : les inégalités de revenu moyen entre pays européens et les écarts de revenus entre individus au sein d'un même pays. En effet, depuis 1980 dans presque tous les pays européens, il y a une hausse de la part du revenu national capté par les 10% des Européens les plus riches. Cette montée des inégalités a été particulièrement accrue durant les décennies 80 et 90. L'Europe de l'Est - alors qu'elle était la moins inégalitaire de la région en 1980 - a rejoint les niveaux d'inégalités de l'Europe de l'Ouest, tandis qu'en Europe du Sud, la hausse des inégalités reste plus modérée.

L'Europe a toutefois su faire preuve de plus de résilience que les États-Unis où 1% des citoyen.ne.s les plus aisé.e.s perçoit 20% du revenu national avant impôts, alors que 50% des plus modestes n’en reçoivent que 12.5%. Tandis qu'en Europe, c'est l'inverse : la part du revenu des 50% des citoyen.ne.s les plus pauvres atteint 18% alors que celle du centile supérieur (les 1% les plus aisés) ne dépasse pas 11%. Cette différence s'explique par des systèmes de protection sociale plus efficients, des mécanismes de redistribution avant impôts plus efficaces et une plus grande progressivité des politiques de l'emploi.

Si l'Europe a davantage contenu la hausse des inégalités que d'autres régions du monde comme les États-Unis, il reste beaucoup à faire pour faire de l'Europe un espace juste et inclusif. Car depuis la crise de 2008, le taux d'Européen.ne.s pauvres oscillent entre 21% et 22% et n'a pas diminué.

Ainsi, le rapport préconise que l'UE soutienne davantage les États pour réduire les inégalités au niveau national, ce qui passe par plus de convergence entre les politiques européennes fiscales et de financer davantage les dépenses sociales européennes qui ont une place prépondérante dans la réduction des inégalités.

Par une approche pédagogique, le laboratoire nous invite à comprendre où chacun.e de nous se situe dans l'échelle des revenus aux niveaux national, européen et mondial via un comparateur de revenus prenant en compte les données entrées.